La revolution cyclopede des rues curitibanaises

Écrit par Sylvain BUREAU

Inspiré par les masses critiques de San Francisco, la Bicicletada est plus qu’une version brésilienne du mouvement américain. Près de deux décennies plus tard, la révolution à vélo que promettent ses membres, continue son long combat dans le monde entier. LePetitJournal.com a enquêté dans les rues de Curitiba pour cerner l’ampleur du phénomène

Vous les avez peut-être vus, aperçus, entendus. Peut-être les avez-vous même klaxonnés ? Peut-être encore sont-ils de grands inconnus dont vous n’avez jamais entendus parler. Pourtant, ils sont là, fidèlement, le dernier samedi de chaque mois, arpentant fièrement les rues de Curitiba, brandissant avec sourire et respect leurs slogans contre l’invasion de l’espace public par les voitures.

“Vá de bike”

La philosophie du mouvement est simple. “Les moyens de transport qui sont en harmonie avec la nature vont être de plus en plus recherchés, depuis que la durabilité du schéma ‘pétrole’ a été montrée comme l’une des choses les plus désastreuses dans lesquelles l’humanité s’est entremise“, lit-on sur le blog de la branche curitibanaise du mouvement.
Présente dans plus de 200 villes du globe, la Bicicletada se veut une initiative civile libre, sorte de tour en vélo pacifique, une heure une fois par mois dans le centre de la ville, de préférence dans les rues où le trafic est le plus dense et où l’exaspération provoquée par le défilé improvisé est la plus grande.
Car au-delà d’une simple balade, la Bicicletada est bien sûr politique. Dans une ville comme Curitiba qui se veut un modèle mondial en matière d’écologie et de développement durable, ces cyclistes engagés s’indignent naturellement de l’inertie des pouvoirs publics quant à la mise en place de politiques de transports alternatifs. Les revendications sont pourtant simples : le mouvement prône le droit de circuler en toute tranquillité tous les jours, croit en des moyens de locomotion intelligents, non polluants, sans embouteillage, bref, se bat pour une digne humanisation du paysage urbain. Le slogan résume ainsi bien l’idée : “Vá de bike“. Comprendre : “Vas-y à vélo“.

Bicyclette et yoga

Mais plus qu’une politique, la Bicicletada est aussi une philosophie de vie. Tous les mois, on retrouve le même schéma. Rencontre dans la matinée sur le parvis de l’Université fédérale. Puis, on dresse le parcours, s’appareille de slogans et de bouteilles d’eau. Peu à peu, sous les crissements de freins, la masse de pneus prend vie, avec pour chef de file Jorge Brand, activiste dédié à la cause du deux-roues, l’un des importateurs du mouvement dans les rues de Curitiba. Ce diplômé d’un master de philosophie de l’Université Fédérale du Paraná (UFPR), professeur de philosophie, de sanskrit et de yoga, se plaît en effet à mêler de vieux concepts indiens à la réalité brésilienne quotidienne et la Bicicletada lui permet d’échanger ses idées avec la population pour imaginer des alternatives aux véhicules à moteur. En occupant l’espace public pour promouvoir le fait de vivre ensemble, de divulguer et de promouvoir l’usage du vélo comme moyen de transport, Jorge espère que la ville créera des conditions favorables pour son usage dans la ville et invite avec un large sourire tout un chacun à se joindre au mouvement.

En guerre contre la mairie

Seulement, au-delà de son sourire pacifiste, Jorge sait qu’il est entré dans une rude bataille. Les autorités ne sont pas de tout coeur avec son initiative d’autant que les rues de Curitiba commencent à ne plus supporter le nombre de voitures toujours croissant et que la création de voies cyclables serait un casse-tête infernal. Pourtant, porté par le succès du mouvement qui compte toujours plus de participants, Jorge a adressé une lettre ouverte au nouveau maire de Curitiba, Luciano Ducci, rappelant que la première piste cyclable de la capitale paranéenne était née de ses mains dans la rue Augusto Stresser et que l’ancienne équipe de la mairie n’avait pas trouvé mieux que d’assigner les membres actifs de la Bicicletada en justice pour crime environnemental, prétendant que la peinture utilisée sur la chaussée était toxique pour la population. Avec la nouvelle administration, Jorge renouvelle ses espérances et invite même M. Ducci à prendre le guidon dans les rues de sa ville. “Nous souhaitons encore que cette rencontre se passe dans les rues de la ville, nous pouvons sortir de la mairie, à vélo, et nous verrons ensemble quel type de besoin les cyclistes rencontrent tous les jours.” Il ajoute même : “Il est nécessaire que celui qui fait les projets cyclables roule à vélo“. Jorge semble porteur de sages conseils. Soyons tranquilles, la révolution est bien en marche, à vélo…

Sylvain BUREAU (www.lepetitjournal.com – Brésil) Jeudi 6 mai 2010

http://www.lepetitjournal.com/societe-saopaulo/57476-societe-bresil-sao-paulo-rio-bicletada-curitiba.html

Pour en savoir plus :
http://bicicletadacuritiba.wordpress.com/
http://www.bicicletada.org
http://www.ekadantayoga.com.br/o-yoga-e-a-bicicleta.html

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